Intégrer la RSE dans les pratiques commerciales : Entretien avec notre cofondateur, partie 2

Publié le
22 mars 2022

Dans la première partie de cette entrevue avec Patrick Elie, notre chef de la direction et cofondateur, nous abordions les moyens de s’adapter aux nouvelles réglementations en matière de déclaration.


La seconde partie de notre entretien porte sur les aspects commerciaux de la déclaration de performance extra-financière. Plus particulièrement, Patrick explique comment les entreprises peuvent trouver un équilibre entre la durabilité, l’efficience et la rentabilité, quelles informations et quels outils sont nécessaires pour commencer à déclarer sa performance, et comment les cadres de référence peuvent s’arrimer avec les objectifs commerciaux.

Pour accroître leur durabilité, les entreprises ne doivent-elles pas mettre en place de nouveaux processus susceptibles de les rendre moins efficaces?

Pas nécessairement. Le changement est une bonne chose. Aucune entreprise ne peut se permettre de maintenir le statu quo pendant des décennies, car choisir l’inaction, c’est risquer de se faire distancer. Les entreprises qui comprennent les changements externes et qui sont prêtes à s’y adapter seront en mesure de croître et de s’améliorer de façon globale. L’atteinte d’un résultat positif à la suite d’un changement ne dépend pas tant du changement lui-même que de la façon dont il est géré.

À titre d’exemple, au cours des deux dernières années seulement, la COVID-19 a entraîné de nombreux changements : les entreprises qui avaient pignon sur rue ont notamment dû passer à un modèle commercial en ligne et trouver des solutions pour que leur équipe puisse travailler à domicile. Certaines des entreprises qui ont survécu à la pandémie ont sans doute constaté que la crise sanitaire a été le coup de pied au derrière dont elles avaient besoin pour adopter des pratiques commerciales plus modernes. Aujourd’hui, ces entreprises sont en mesure de collaborer plus efficacement en ligne et sont encore plus prospères qu’auparavant, grâce aux flux de revenus diversifiés provenant de leurs activités commerciales physiques et de leurs activités en ligne.

Pour gérer le changement dans le domaine de la déclaration de performance extra-financière, il est souvent nécessaire de mettre en place de nouveaux outils et de nouveaux processus bien avant que les anciens ne deviennent obsolètes. Mais en vous attelant à la tâche avant d’en avoir l’obligation légale, vous aurez l’occasion d’apprendre à utiliser de nouveaux outils et d’intégrer de nouveaux processus dans vos activités à votre propre rythme, sans avoir à vous soucier de pressions extérieures ou de sanctions. Et dans la plupart des cas, vous vous rendrez probablement compte que ces nouveaux outils et processus amélioreront l’efficience de vos pratiques.

Mettre en place de nouveaux processus est une bonne chose en théorie, mais cela peut s’avérer complexe dans le monde réel. Pourriez-vous donner des exemples concrets de la façon dont les entreprises peuvent utiliser les informations contenues dans leur rapport de durabilité pour améliorer leurs activités et l’incidence de celles-ci?

Bien sûr! De nombreuses entreprises avec lesquelles nous travaillons s’appuient sur leurs rapports pour déterminer les aspects de leurs activités qui génèrent le plus d’émissions de gaz à effet de serre. Ce n’est pas tout : en optimisant la consommation d’énergie de leurs installations ou commerces en vue de réduire ces émissions, nos clients réduisent aussi leurs factures d’énergie. Ils peuvent ensuite réinvestir les économies réalisées dans de nouvelles initiatives axées sur la durabilité.

Voici un autre exemple : dans la plupart des secteurs d’activité, il est plus coûteux de trouver et d’intégrer de nouvelles personnes que de maintenir en poste le personnel existant. Ainsi, en favorisant l’engagement, la satisfaction et la loyauté de son équipe au moyen de pratiques de recrutement et de pratiques sociales responsables, les organisations peuvent optimiser leurs activités, tout en réduisant leur taux de roulement et en réalisant des économies.

Ce n’est pas tout : les investisseurs et les prêteurs accordent de meilleurs taux aux entreprises qui sont en mesure de fournir des informations extra-financières claires et auditées, et de montrer comment elles atténuent les risques liés à leurs activités commerciales.

Tous les éléments d’un écosystème commercial sont interreliés. C’est pourquoi il est particulièrement utile de corréler les informations financières et extra-financières à l’aide de rapports intégrés.

Patrick Elie, le chef de la direction de Metrio
Conteneurs d'expédition

De nombreuses entreprises publieront leur tout premier rapport de durabilité en 2022. Par où leur recommanderiez-vous de commencer?


Nous disons toujours à nos clients qu’il faut apprendre à marcher avant d’essayer de courir, ou de tenter un marathon! 

Je vous recommande de commencer doucement pour votre premier rapport, en utilisant des variables connues. Cette approche peut procurer des gains rapides, ce qui est susceptible de motiver et de faire participer les responsables du changement au sein des différents services de votre entreprise. La réalisation de gains rapides peut aussi procurer de la satisfaction aux cadres supérieurs et aux employés en leur faisant sentir qu’ils font partie de la solution. Elle leur permet en outre de goûter aux avantages d’une philosophie et de méthodes de travail plus durables.

Mais avant de créer un rapport, la première chose à faire est de déterminer l’importance relative des facteurs à évaluer, ou de déterminer les éléments dont vous voulez faire état et les personnes à qui vous voulez en rendre compte. Cet exercice vous aidera à déterminer trois choses : les questions ESG les plus pertinentes pour votre organisation et ses parties prenantes, les personnes ou entités qui doivent prendre part à la conversation, ainsi que le déroulement de la conversation.

Vous devriez aussi commencer à vous demander quels sont les cadres de déclaration les plus pertinents pour votre entreprise. Certains sont généraux, tandis que d’autres s’adressent à des secteurs en particulier.

Est-ce que la plupart des entreprises avec lesquelles vous avez travaillé communiquent leur performance selon tous les principaux cadres de déclaration, ou est-ce qu’elles n’en choisissent généralement qu’un seul?

En général, la plupart de nos clients choisissent les cadres qui sont les plus pertinents pour leur secteur d’activité et qui correspondent le mieux à leurs besoins particuliers. Cela représente de deux à cinq cadres en moyenne.

D’après votre expérience, les normes des cadres de déclaration diffèrent-elles beaucoup des objectifs internes que les entreprises se fixent?

Étant donné qu’il n’existe pas deux entreprises avec la même stratégie d’affaires ou les mêmes avantages concurrentiels, il est pratiquement impossible que les indicateurs clés de performance personnalisés d’une entreprise répondent parfaitement aux exigences d’un cadre conçu pour être utilisé par des centaines, voire des milliers d’organisations.

Cela dit, la plupart des grands cadres mondiaux sont assez complets, et beaucoup d’entre eux couvrent des questions ESG à l’égard desquelles la majorité des organisations effectuent déjà un suivi, comme les émissions de gaz à effet de serre et la diversité. Prenons l’exemple des normes du SASB : elles sont pragmatiques, faciles à appliquer, et leur champ d’application est très large, de sorte qu’elles facilitent les conversations entre les entreprises et les parties prenantes dans un large éventail d’industries et de marchés.

En utilisant un outil de déclaration de performance extra-financière suffisamment flexible pour permettre un suivi à la fois à l’égard des objectifs internes et des normes externes, les entreprises peuvent établir des parallèles entre leurs indicateurs internes et les normes des cadres de déclaration.

Certaines organisations peuvent hésiter à adopter un outil pour la déclaration de performance extra-financière, par exemple, si elles ont l’habitude d’utiliser des feuilles de calcul. Quels conseils donneriez-vous aux responsables du développement durable qui doivent justifier la nécessité d’un outil spécialisé auprès de leurs cadres supérieurs ou de leur conseil d’administration?

Les grandes entreprises ne gèrent plus leur comptabilité financière à l’aide de feuilles de calcul, alors pourquoi serait-il sensé pour elles de gérer leur comptabilité extra-financière manuellement, d’autant plus que les calculs dans ce domaine peuvent s’avérer beaucoup plus complexes? Les outils de déclaration de performance extra-financière sont en train de s’imposer au même titre que d’autres outils de gestion d’entreprise (ERP), comme les outils de comptabilité, de gestion de la relation client (CRM), de gestion des ressources humaines, de gestion de projet, et les outils juridiques.

Si vous prévoyez d’effectuer la collecte et l’approbation des données par l’intermédiaire de collaborateurs issus de plusieurs unités commerciales – qui peuvent même travailler dans des lieux et des pays différents, et parler des langues différentes – la seule façon de simplifier ce processus est de mettre en place une base de données et un flux de travail structurés qui permettront à toutes ces personnes de gérer les données de votre entreprise dans un seul outil.

Si la perspective d’une efficience accrue n’est pas assez convaincante, pensez aux défis que représente la traçabilité d’une donnée, depuis sa collecte sur le terrain et sa saisie dans votre système jusqu’aux toutes dernières modifications ou variations. Publier des rapports internes est une chose, mais lorsque les organismes de réglementation, les auditeurs, les analystes financiers et les agences de notation vous demandent d’étayer vos résultats extra-financiers, vous devez être en mesure de leur présenter des documents justificatifs détaillés ou des journaux des modifications. Il n’est pas possible d’assurer ce genre de traçabilité à l’aide de feuilles de calcul ou d’outils génériques.

Lire la première partie de l’entrevue

Cet entretien a été initialement publié en décembre 2021 dans le cadre du symposium de la VRF.

L’optimisation de votre processus de collecte et de déclaration a plusieurs avantages.